Stéphane Bern : à nous les beautés de la France !

SOCIÉTÉ post authorPresse France 7 juin 2020 30

Stéphane Bern : à nous les beautés de la France !

Stéphane Bern : à nous les beautés de la France !

Cet été, beaucoup d’entre nous renonceront à franchir les frontières. cet ardent défenseur du patrimoine nous entraîne à la découverte de nos plus beaux paysages.

Les poètes l’ont chantée, les artistes l’ont célébrée, les écrivains l’ont magnifiée, la France est un pays de cocagne. Les dieux et les fées semblent s’être concertés pour lui offrir des atouts géographiques que le monde entier lui envie. Après deux mois de confinement, dans l’incertitude de l’ouverture des frontières, pourquoi ne pas se laisser tenter par un voyage en terre inconnue, au cœur de cette France si belle par ses sites naturels, si mystérieuse par ses curiosités topographiques, si riche de ses trésors patrimoniaux ? Oublions le rêve américain, les châteaux en Espagne, la tentation de Venise, l’idée d’aller se faire voir (ou bronzer) chez les Grecs…

Imaginons un été en bleu blanc rouge. Un voyage initiatique comme pour se retrouver soi-même et se redécouvrir. « L’Hexagone, tellement rassurant, inscrit dans ce cercle imaginaire dont le centre serait Bruère-Allichamps près de Saint-Amand-Montrond, écrit Denis Tillinac dans son “Dictionnaire amoureux de la France” (Plon). Bordé comme un enfant par une mère attentive : des montagnes, des mers, un océan… Le destin nous ayant ainsi richement pourvus, qu’irions-nous chercher hors de l’Hexagone ? » De fait, ajoute-t-il, « la France est de loin ce que l’histoire-géo a tramé de mieux sur les cinq continents ; de plus beau, de plus noble et de plus savoureux ».

Quel autre pays pourrait se vanter d’une telle diversité de paysages, baigné par trois mers et un océan avec près de 3 500 kilomètres de côtes, irrigué par des fleuves aux personnalités contrastées, la Loire, la Seine, le Rhône et la Garonne sans oublier le Rhin frontalier, découpé de massifs montagneux tels les Alpes, le Jura, les Pyrénées, auxquels il convient d’ajouter les monts d’Auvergne et la chaîne des Puys, avec ce paysage ensorcelant des quatre-vingts volcans. Qui mieux que l’inoubliable Jean Ferrat a chanté cette extraordinaire richesse de la France ? « Au grand soleil d’été qui courbe la Provence/Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche/Quelque chose dans l’air a cette transparence/Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche/Ma France… »

A quoi bon chercher au loin ce qu’on trouve à portée de main, parfois même à moins de 100 kilomètres à la ronde ? Ceux qui rêvent d’évasion dans les grands canyons du Colorado ou d’Arizona, il faut les inviter à faire un détour en Provence sur la « Corniche sublime » qui domine les gorges du Verdon dont Jean Giono disait : « Ici c’est plus que loin, c’est ailleurs .» Rien dans toute l’Europe ne surpasse le spectacle du cirque de Gavarnie, cette arène glaciaire des Pyrénées à laquelle Victor Hugo consacra un poème : « C’est une montagne et une muraille tout à la fois ;/C’est l’édifice le plus mystérieux des architectes ;/C’est le colosseum de la nature :/C’est Gavarnie. » Les calanques de Cassis et les criques des côtes corses tel le golfe de Girolata rivalisent sans peine avec les eaux turquoise de l’Adriatique ou de la mer Egée. Au jeu des similitudes, on se prend à rêver au grand monde sans sortir du territoire : la Mer de Glace a des allures de contrefort himalayen, le massif du Queyras nous transporte dans le désert jordanien, le lac vosgien de Lispach a son jumeau dans le Grand Ouest canadien et l’eau transparente comme le sable blanc des îles bretonnes de Glénan ressemble à s’y méprendre aux Seychelles ! Et que dire de ma campagne percheronne qui, sans les cyprès, se compare à la Toscane.

La France rurale revêt, au lendemain du confinement, de nouveaux attraits aux yeux des citadins inquiets

A pied, à cheval, à vélo, à moto, en voiture, en camping-car, en péniche sur les canaux, la France dévoile ses beautés, se laisse admirer de la baie de Somme à la Camargue, des chemins de Bretagne à la vallée de la Loire, des monts du Lyonnais aux coteaux d’Alsace. Un catalogue à la Prévert ne suffirait pas à égrener toutes les merveilles naturelles et les trésors de notre patrimoine ; 45 sites et biens culturels sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. Toutes les passions, tous les plaisirs seront comblés entre les amateurs d’œnologie tentés par la route des chais de Champagne, les climats du vignoble de Bourgogne, la juridiction de Saint-Emilion qui ouvre la route des châteaux du Bordelais, ou le val de Loire et les amoureux de la randonnée avec les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, le Mont-Saint-Michel et sa baie, les Causses et les Cévennes au travers des drailles et routes de transhumance des moutons, la grotte ornée du Pont d’Arc dite « grotte Chauvet » unique au monde, tout comme les sites préhistoriques et les cavernes ornées de la vallée de la Vézère, ou encore la voie navigable du canal du Midi. Et comment ne pas citer l’époustouflante vallée de la Dordogne, hérissée de châteaux forts, et qui ne compte pas moins de dix villages labellisés « plus beaux villages de France ». Ces paysages sont un remède à l’incertitude des temps. Rien ne semble devoir changer au fil des siècles, et l’on peut comprendre que les citoyens se rebellent lorsque la main de l’homme veut y bâtir une voie rapide en goudron ou y planter des éoliennes. La montagne Sainte-Victoire près d’Aix-en-Provence, chère à Cézanne, ou le pays de Marcel Proust près d’Illiers-Combray sont menacés par les pales géantes contre lesquelles de plus en plus de Français sont vent debout.

Par un de ces retournements dont notre histoire a le secret, la France rurale revêt, au lendemain du confinement, de nouveaux attraits aux yeux des citadins inquiets. Et si le bonheur était vraiment dans le pré ? Assurément, l’âme de la France est encore dans ses villages, là où elle puise sa force tranquille et où nombre de maires s’efforcent de préserver le charme et la vitalité de leur centre-bourg. Au gré de l’émission « Le village préféré des Français », dont la 9e édition sera bientôt diffusée sur France 3, nos compatriotes plébiscitent les labels d’authenticité, sans doute pour retrouver le parfum des vacances d’autrefois « à la campagne ». Saint-Cirq-Lapopie, Eguisheim, Cordes-sur-Ciel, Ploumanac’h, Rochefort-en-Terre, Kaysersberg, Cassel, Saint-Vaast-la-Hougue ont remporté ce concours, les derniers ayant même droit à leur timbre-poste victorieux, mais combien d’autres en lice ont vu leur fréquentation progresser ?

Plus de la moitié de nos merveilles se trouvent dans des communes de moins de 2 000 habitants

A cette liste interminable, il conviendrait d’ajouter les sites et monuments des territoires d’outre-mer mais vous avouerez qu’il est difficile de rivaliser avec Anses-d’Arlet en Martinique, les îles des Saintes en Guadeloupe, le cirque de Mafate à La Réunion ou les plages de Bora Bora en Polynésie. Quel autre pays peut offrir aux visiteurs une telle variété ?

La force de ces villages réside aussi dans l’art de vivre à la française, le maintien des traditions, la gastronomie locale et son incroyable patrimoine bâti. Plus de la moitié de nos merveilles se trouvent dans des communes de moins de 2 000 habitants, constituant ainsi le seul facteur d’égalité entre les villes et les zones rurales. Ce patrimoine de proximité fait vivre l’économie locale, non seulement par le tourisme mais aussi grâce aux chantiers de restauration qui donnent du travail aux tailleurs de pierre, couvreurs, ébénistes et charpentiers – sans oublier les guides… Le tourisme est le pétrole de la France, un gisement qui emploie directement ou indirectement 2 millions de personnes et apporte 8 % de la richesse nationale. C’est dire si visiter notre pays cet été, en l’absence des 90 millions d’étrangers annuels, sera aussi un acte citoyen : le patrimoine est une industrie par chance impossible à délocaliser.

Sous l’appellation désuète de « villes de province » se cachent des merveilles que l’on devrait se hâter d’admirer et de restaurer

Le patrimoine, c’est de l’art et de la beauté à côté de chez soi. Pas une ville de France qui ne regorge de trésors, à commencer par Paris, dont on suit le fil historique depuis les arènes de Lutèce jusqu’aux constructions contemporaines, en admirant les vestiges du Moyen Age ou les immeubles du baron Haussmann. Sous l’appellation désuète de « villes de province » se cachent des merveilles que l’on devrait se hâter d’admirer et de restaurer. Les cathédrales de Bourges, Amiens, Chartres, Reims, Strasbourg, Albi et Metz, les arènes d’Arles et de Nîmes, Notre-Dame-de-la-Garde à Marseille, les beffrois du Nord, le pont d’Avignon et la cité des Papes, la place Stanislas de Nancy, les traboules du Vieux Lyon, la ville du Havre reconstruite par Auguste Perret, la basilique de Vézelay, les fortifications de Vauban, les remparts de Carcassonne, la corderie de Rochefort… auxquels il faut ajouter le patrimoine religieux qui témoigne de la tradition chrétienne de la France à travers ses centaines d’abbayes et ses églises au cœur de chaque village. Le choix est vaste pour découvrir cette France que l’on croit connaître sans l’avoir visitée. Si l’on peut espérer que d’ici l’été les grands sites comme les châteaux de Versailles, Fontainebleau ou Chantilly auront rouvert leurs portes, partout en France des propriétés familiales ont échappé aux ravages du temps et se donnent à voir.

C’est pourquoi le collectif Patrimoine 2.0, autour de la start-up Patrivia et d’associations comme Adopte un château, a lancé le hashtag #cetétéjevisitelafrance, tandis que l’association Rempart propose aux quatre coins du pays des chantiers bénévoles pour les jeunes gens qui s’intéressent aux vieilles pierres. Pour beaucoup, cet été aura le goût des vacances d’antan, à la campagne, chez les grands-parents. Une nostalgie plutôt rassurante qui fleure bon la « douce France » que chantait Charles Trenet, « J’ai connu des paysages/Et des soleils merveilleux/Au cours de lointains voyages/Tout là-bas sous d’autres cieux/Mais combien je leur préfère/Mon ciel bleu mon horizon/Ma grande route et ma rivière/Ma prairie et ma maison./Douce France/Cher pays de mon enfance/Bercée de tendre insouciance/Je t’ai gardée dans mon cœur ! »

source: parismatch.com

ACTUALITÉS SIMILAIRES